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Beogo neere - Pour des lendemains meilleurs

Jean-Louis nous écrit de Ouahigouya

 

 

 




Avec un bout de craie et sur un tableau noir, au prélude de la vie, tous les enfants ânonnent des comptes d’espérances.(G. Chazal).
 

 

Ouahigouya, le 6 octobre 2009

 

Chronique burkinabée ..

Roissy le 21 septembre .. Terminal 3 ..

Le terminal 3, c’est déjà l’Afrique …Ici, pas de micros hurleurs et nasillards , pas de commerce de luxe, pas de « duty free », pas de restaurants bien garnis , pas de voyageurs pressés et inquiets … juste, dans un coin, une simple boutique où l’on peut s’acheter, pour le voyage , un sandwich et l’incontournable « Equipe » . Dans cet immense hall qui ressemble plus à un grand hangar de nos campagnes !!!, on peut voir, dans une joyeuse ambiance, toute une foule colorée et rieuse : petits enfants africains tout excités et ravis de retourner au pays, femmes élégantes aux sourires étincelants avec leurs boubous éclatants et des hommes plus soucieux poussant des chariots lourdement chargés, débordants de cartons et de sacs, comme autant de promesses de cadeaux rapportés de France à leur famille curieuse et impatiente… Quelques jeunes expatriés, sacs au dos, sandales aux pieds, ( ce qui étonne quand on est en décembre et que dehors il gèle !!) , déjà équipés pour affronter le climat africain , affichant sur leurs bagages l’ONG pour laquelle ils partent en mission, attendent, eux aussi patiemment …

Un monde sans hâte , un monde souriant, joyeux et fraternel .. le terminal 3, c’est déjà l’Afrique !

 

Six heures de vol pour rallier 0uagadougou …entre un plateau repas au contenu incertain et le traditionnel film policier américain , je feuillette le livret que j’ai reçu d’une association de Toulon sur Arroux qui s’occupe d’un village au Mali* : photos sublimes, textes émouvants .. un vrai régal pour les yeux et le cœur…je lis avec émotion ce petit poème plein d’espoir :

Quand je n’aurai plus d’encre , plus de feuille au cahier,

Plus de foin pour les bêtes, plus de mil à manger

Que le fond des puisards se sera asséché,

Que mon ventre sera vide, mon cœur désespéré,

De ton pays lointain, viendras-tu pour m’aider ?

 

C’est à cet appel d’une attente digne et peut-être même un peu résignée que notre association essaie de répondre depuis maintenant plus de 6 ans … non pas que nous nous sentions investis d’une mission particulière mais simplement parce que dans ce monde trop souvent égoïste, le devoir de partage, de solidarité , nous a semblé tout simplement un geste normal, fraternel et humain .

 

Ouahigouya , le 5 octobre :

Les journées sont bien remplies et la piste nous emmène chaque jour vers les villages de brousse dont nous nous occupons pour y mener ( malgré la barrière de la langue : ici on parle surtout le mossi et c’est Karim qui est obligé de jouer les traducteurs ) une évaluation de nos actions et discuter des futurs projets à mettre en place. Les femmes sont toujours là, très nombreuses, très présentes, admirables de courage, de volonté et d’initiatives !!!

Tous nous remercient pour la cantine et la lutte contre le paludisme qui recule dans cette région grâce aux médicaments et aux moustiquaires dont nous avons équipé chaque famille. La belle et jeune infirmière ( Jacques et Jean-Pierre qui m’ont accompagné l’an dernier peuvent en témoigner !!) du petit dispensaire de Namsiguia me confirme ces résultats encourageants. Ce sont, pour nous, deux actions prioritaires que nous tenons à poursuivre .

* Jumelage coopératif Toulon sur Arroux - Ibalaghane

Moins de réussite avec le maraîchage et surtout pour la culture du haricot vert avec les graines apportées du Morvan … le climat du Burkina a dû les surprendre et elles ont dû rester bien sagement en terre , essayant de retrouver un peu de la fraîcheur morvandelle. !!! Nous allons réfléchir avec les villageois à l’installation de maraîchages avec moto-pompe et tuyaux.

Les micro-crédits ont , par contre, donné des résultats qui dépassent nos espérances . Ils ont permis aux villageoises de développer de petits projets ( achat de zébus, de chèvres, de céréales ..) qu’elles ne pouvaient entreprendre faute d’argent. Je suis même agréablement surpris de constater que tous les contrats ont été tenus et les fonds avancés, remboursés. Toutes les femmes aimeraient qu’on les continue et même qu’ on en double, cette année, le nombre .Je leur dis qu’il ne devrait pas y avoir de problème « Yel Ka Yé » comme on dit ici …

Donner plus d’autonomie , de responsabilité à ces femmes courageuses nous semble important. Comme le dit un proverbe africain : « Ne soyez pas des poules et n’acceptez pas toujours le grain qu’on vous jette, essayez de le cultiver vous-mêmes… ».

A Bosomnoré, il a été décidé, avec l’aide d’une association bretonne rencontrée par hasard sur le net !!! (merci à André Caer et son équipe), de repeindre les trois classes qui en ont bien besoin. Suite aux violents orages de l’an dernier, les murs sont couverts de coulées de terre et le tableau n’a plus guère de couleur. Faire de l’école, un lieu accueillant et agréable ( nous avons déjà refait la toiture, acheté des tables-bancs, installé un panneau solaire) c’est lui donner un statut particulier qui a fini par en faire le centre du village où l’on tient réunion et où l’on envoie plus volontiers ses enfants au lieu de les envoyer travailler aux champs.

Pour Namsiguia, on a acheté 40 tables-bancs , car les enfants sont assis sur le sol et il est bien difficile d’écrire ainsi…nous les avons livrées hier à la grande joie des enfants et de leur institutrice.

Restent les parrainages qu’il faut remettre en place ( les cours reprennent le 1er octobre). Presque tous les élèves sauf une passent dans la classe supérieure, c’est là aussi un résultat très satisfaisant. Ce sont des enfants désireux de réussir qui travaillent beaucoup et pour qui le mot vacances est inconnu car l’école finie , ils aident leurs parents ( aller au bois, au puits, garder les bêtes , travailler aux champs avec la daba ..).

Bibata, jeune fille courageuse et appliquée que l’on parraine depuis maintenant 5ans, passe en terminale et c’est pour nous une grande satisfaction. Je lui ai demandé de nous parler de son parrainage ce qu’elle a accepté bien volontiers .. Voici la lettre qu’elle a écrite : (je vous la retranscris sur mon ordinateur car ici les scanners sont encore peu performants !)


Bonjour,

Je m’appelle Bibata, j’ai 19 ans et j’ai deux sœurs et un frère. J’ai malheureusement perdu très jeune mon père et c’est ma mère et ma grande sœur Zourata qui nous ont élevés. Ma mère travaille beaucoup pour payer le lycée qui, ici, coûte très cher car il faut acheter tous les livres et cahiers et payer l’inscription. Cela fait par an environ 200 000,00 FCFA. C’est une grosse somme pour nous . Ma mère fait du tissage et vend des petits sachets d’eau, de bissap ou de zomkoum qui valent 10 FCFA .. Il faut en vendre beaucoup pour tout acheter.

Seules, ma sœur Fatimata qui entre en 3ème et moi, sommes scolarisées. Quand j’étais en 5ème , ma mère a eu beaucoup de mal à payer toutes ces dépenses et j’étais malheureuse de ne plus pouvoir aller au lycée. Heureusement pour nous, le nassara Jean-Louis est venu s’installer , dans une petite maison, juste en face de chez nous . Ce fut pour nous une grande chance. Tous les jours, il venait discuter avec nous, il nous faisait rire et parfois même il venait manger le tö qui est notre plat principal à base de mil ,il ne l’aime pas beaucoup ! Ma mère lui a demandé s’il pouvait nous aider . Il a répondu qu’il verrait avec son association en France et essaierait de nous trouver des parrains.

Pour une fois, la chance nous a souri et nous avons eu deux parrains , Jean-Pierre et Jacques, qui depuis, nous aident beaucoup. Ils nous ont même construit, l’an dernier, une petite maison pour que l’on puisse faire plus calmement nos devoirs car avant nous les faisions , le soir, dans la cour avec une petite lumière, et les moustiques nous piquaient beaucoup !!! et puis, nous avons maintenant chacune un lit et une table et nous ne couchons plus par terre et la table c’est plus pratique pour faire nos devoirs. Nos parrains sont venus nous voir l’an dernier et cela nous a fait vraiment un très grand plaisir de les rencontrer..

Il y a aussi Karim qui représente l’association Beogo Neere et qui nous aide beaucoup. Il nous conseille et surveille notre travail. Il passe presque toutes les semaines et si nous sommes malades, il nous achète des médicaments ou nous emmène à l’hôpital.

Nous faisons tout notre possible pour réussir .Ma sœur voudrait être institutrice et moi Docteur. J’espère que nous réussirons car après nous pourrions aider notre famille et les gens pauvres de notre quartier.

Je voudrais , du fond du cœur, remercier tous ceux qui nous ont permis de continuer nos études, tous les membres de l’association Beogo Neere, tous ceux qui en France la soutiennent..

Que Dieu Vous Bénisse Tous

Bibata,

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